Sound of Freedom : de quoi est-il question ?

Comme je regarde énormément de films, j’ai fini par voir Sound of Freedom. Avant même sa sortie, ce film faisait débat, précisément parce qu’il ne devait pas sortir en France. Finalement, les Français le découvriront le 15 novembre prochain au cinéma. Mais ce film fait aussi débat pour son sujet, le trafic d’enfants. Voilà pourtant quelque chose qui devrait faire consensus. De là à penser qu’il s’agit de l’un des grands tabous de nos sociétés, il n’y a qu’un pas.

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Rappelons tout d’abord le contexte dans lequel ce film a vu le jour, car il n’en sera pas forcément question au moment de sa sortie. L’idée de Sound of Freedom est venue à Alejandro Monteverde en 2015. Il écrit alors le scénario, il en sera par la suite le réalisateur. Cependant, personne ne veut de ce film. Dans ces cas-là, soit l’idée du film est nulle (mais le nombre de nullités diffusées invalide l’hypothèse), soit elle a été reprise maintes et maintes fois (or, combien de films sur le sujet ?), soit il s’agit d’un thème trop « casse-gueule », pour ne pas dire « tabou ».

Il confie le rôle principal à Jim Caviezel, qui a marqué les esprits dans deux grands rôles dramatiques : le soldat Witt dans La Ligne rouge de Terence Malick en 1998, et surtout Jésus dans La Passion du Christ de Mel Gibson en 2004. Le film est tourné dès 2018, pour être distribué par la Twentieth Century Fox. Survient alors une catastrophe : Disney rachète la Fox en mars 2019 pour… tenez-vous bien… 71 milliards de dollars ! Or, Disney surfe davantage sur la production de films et séries féministes ou la reprise de ses classiques en prise de vues réelles par des acteurs ou actrices de couleur. Le trafic d’enfants, le monde merveilleux de Disney n’en veut pas. Puis vient la pandémie de Covid en 2020, qui va considérablement rebattre les cartes.

Finalement, le producteur, Eduardo Verástegui, rachète les droits de diffusion à Disney et confie en 2021 le projet à Angel Studios, une société de production spécialisée dans les films militants chrétiens. Verástegui étant lui-même très impliqué dans la lutte contre l’avortement, il est la première cible des fachobusters du prêt-à-penser médiatique (en France comme outre-Atlantique). Le premier reproche adressé au film (par beaucoup de personnes ne l’ayant pas vu) est le marketing employé. La méthode Angel consiste en effet à acheter ou faire acheter à l’avance des milliers de tickets qui seront généreusement redistribués sans être nécessairement utilisés, mais qui permettent de faire gonfler les chiffres et de créer du buzz, donc de produire un appel d’air. Il est remarquable de reprocher aux producteurs un marketing déloyal alors que le marketing, par définition, est déloyal. La raison du plus malin est, en effet, toujours la meilleure.

La plupart l’ont oublié, mais c’était déjà la méthode employée en 2004 pour promouvoir le film La Passion du Christ, de Mel Gibson. Rappelons que Jim Caviezel y tenait, là aussi, le rôle principal. Ajoutons à présent que l’un des producteurs de Sound of Freedom n’est autre que… Mel Gibson lui-même. La Passion du Christ cartonnera au box-office, ce qui incommodera déjà à l’époque les yeux chastes. De la même manière, Sound of Freedom est d’ores et déjà un succès, sans même devoir compter sur l’exploitation à l’étranger. Il a à peine coûté 15 millions de dollars, il en a déjà rapporté 217 au moment où paraît le présent article. Mathématiquement, il est donc plus rentable que Barbie.

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Le marketing « agressif » dont useraient les producteurs est critiqué sous un autre angle, relayé par la presse française. Il est ici question d’un message de Jim Caviezel à la fin du film pour convier les spectateurs à promouvoir l’œuvre en achetant des tickets supplémentaires grâce à un QR code. C’est du moins ce que l’on peut lire dans un article des Inrocks paru début septembre 2023. Ceci est faux. C’est à la fin de la bande annonce qu’intervient ce message, mais il est étonnant que le militantisme fasse bondir un journal qui, d’ordinaire, le promeut et en redemande. Trop habituée aux films « engagés » de gauche, la presse française y voit un pléonasme, doublé d’une incapacité à imaginer un film « engagé » de droite.

En revanche, puisque Les Inrocks m’ont invité à le faire, j’ai parcouru l’immense générique à la fin du film, et j’y ai découvert autre chose. Durant trois minutes, des milliers de noms défilent sous nos yeux par ordre alphabétique. Il s’agit de simples citoyens (américains ou mexicains pour la plupart), des « petites mains » ayant justement participé à promouvoir le film, et que la production présente ainsi : « Thanks to the thousands of Angel Investors that helped bring Sound of Freedom to theaters. » Une initiative assez exceptionnelle dont il n’y a aucune raison de douter.

Le deuxième reproche fait à l’œuvre est un peu plus sérieux. Tim Ballard, dont il est question dans le film, ne serait pas aussi altruiste qu’il aimerait le faire croire. En outre, le déroulé de l’histoire ne serait pas tout à fait conforme à la réalité. Là encore, les producteurs ont la parade, lisez plutôt : « While this picture is based on true events, some characters have been composited or invented, and some of the incidents, dialogue, characterizations, and locations have been changed or created for the purposes of dramatization. » En fait, c’est le propre de tous les films qui prétendent se fonder sur la trame de faits réels, et on le comprend parfaitement. Quant aux vicissitudes du véritable Tim Ballard en dehors de cet épisode, elles n’enlèvent rien à l’intérêt du film.

Troisième et dernier reproche, le plus important : ce film est produit par une firme catholique intégriste, il est apprécié de personnages sulfureux tels que Donald Trump ou Elon Musk, et il est même promu par QAnon, mouvance conspirationniste d’extrême droite aux États-Unis. Je renvois ici au projet originel, celui du Mexicain Alejandro Monteverde, dont le but est tout à fait louable, à savoir évoquer les disparitions d’enfants dans son propre pays, ainsi que les trafics dont ils deviennent les victimes de l’autre côté de la frontière, aux États-Unis.

Il y a quantité de personnes honnêtes dans ce bas monde qui ont quantité de choses importantes à communiquer à leurs semblables, des choses dont on ne veut pas entendre parler en hautes sphères, quelles que soient les raisons de ce déni. Ces personnes font du mieux qu’elles peuvent, jusqu’au jour où des médias idéologiquement orientés et en opposition aux réseaux de pouvoir en place leur proposent leur concours, qu’elles finissent par accepter. Lorsque la fin est primordiale, vitale même, les moyens importent-ils à ce point ? Et parfois, par la magie des réseaux sociaux, le propos tabou finit alors par recevoir l’attention qu’il mérite. C’est alors que les personnes de pouvoir, aidés de leurs laquais médiatiques, les pointent du doigt en criant haro sur le facho et sus au complotiste. On commence par censurer, puis on noie dans le divertissement, et si tout ça n’a pas fonctionné, on voue aux gémonies. Les exemples sont très nombreux, en France en particulier. Sur ce sujet, les médias qui relaient les pétitions de stars déchues contre la fessée aux enfants sont les mêmes qui se désintéressent des disparitions mystérieuses d’enfants. Démagos ? Oui. Complotistes ? Non !

Ceci dit, à titre personnel, et au-delà de la réalité des réseaux pédophiles et de la nécessité de les détruire, je ne souscris pas aux thèses de QAnon sur l’adrénochrome et les crimes rituels comme cures de jouvence. Néanmoins, il faut signaler qu’à aucun moment il n’est question de tout ceci dans Sound of Freedom, pas plus d’ailleurs que d’un réseau d’élites satanistes à l’échelle mondiale. En outre, force est de constater que les films sur les trafics d’enfants sont plus que rares, lors même qu’il s’agit d’un sujet bien plus grave et bien plus étendu que la mode transgenre. Sûrement bien moins cinégénique également. Comment expliquer ceci ? Parce que le monde audiovisuel s’en moque éperdument ? Parce qu’il trouve difficilement des subsides pour l’évoquer ? Le cas échéant, pourquoi ? Mais poser la question, n’est-ce pas déjà être un peu « complotiste » ?

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Pour finir, quelques mots sur le film en lui-même. Je n’en ai rien dit jusqu’à présent car je préfère laisser chacun juge. Il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre, pour sûr, mais d’un film honnête et bien ficelé, supérieur de mon point de vue à la moyenne des productions débiles que déverse Hollywood dans nos salles obscures ou sur plateformes depuis quelques années. J’ai pu lire en ligne qu’il s’agissait d’un très mauvais film d’action. Encore une fois, je n’ai pas vu la même chose. Si vous voulez voir un film d’action, passez votre chemin. Préférez dans ce cas les licences à rallonge (Mission impossible, Fast & Furious ou John Wick). C’est avant tout un film psychologique, et croyez-moi, ça l’est d’autant plus lorsque vous avez des enfants en âge d’être les victimes des prédateurs décrits dans le film.

Rendez-vous le 15 novembre au cinéma. Sound of Freedom est distribué en France par Saje distribution, à qui l’on devait déjà Vaincre ou mourir en début d’année.